Nous pouvons décider de respirer plus lentement, plus profondément, de prolonger l'expiration ou de gonfler le ventre.
Mais lorsque nous cessons de nous occuper de notre respiration, elle continue.
Elle s'adapte à nos mouvements, à nos activités, à nos émotions, sans que nous ayons à organiser consciemment tous ces ajustements.
Et si, parfois, vouloir bien respirer nous empêchait simplement de laisser la respiration trouver son propre équilibre ?
Nous pouvons chercher à bien poser les pieds, à placer correctement le bassin, à redresser le dos.
Mais lorsque nous marchons naturellement, une multitude d'ajustements se produisent à chaque instant.
Nos pieds, nos jambes, notre bassin, notre colonne vertébrale participent à une organisation d'une extraordinaire complexité.
Et tout cela fonctionne sans que nous ayons à en diriger chaque détail.
Il arrive même que notre volonté de bien faire vienne perturber cette organisation.
Notre organisme dispose d'innombrables compétences qui participent à son fonctionnement.
Certaines nous sont familières. D'autres travaillent dans une discrétion presque totale.
Elles ne fonctionnent pas isolément : elles s'ajustent les unes aux autres, se répondent, participent à l'équilibre de l'ensemble.
Une véritable coopérative intérieure.
Et dans cette coopérative, notre intelligence consciente possède elle aussi de précieuses compétences : comprendre, apprendre, réfléchir, choisir, organiser.
Mais elle a parfois tendance à vouloir tout diriger, y compris ce qui fonctionne très bien sans son intervention.
Il ne s'agit pas de lui retirer sa place, mais peut-être de lui permettre de retrouver sa juste place.
Dans la pratique du yoga, nous pouvons apprendre à observer ce qui se passe en nous.
Non pas pour corriger immédiatement ce que nous découvrons, mais pour mieux le connaître.
Sentir les appuis du corps sur le sol. Observer les mouvements de la respiration. Découvrir comment l'équilibre s'organise. Reconnaître les tensions inutiles et les ajustements qui se font d'eux-mêmes.
Progressivement, une autre manière de pratiquer peut apparaître : moins chercher à imposer une forme, davantage écouter comment le corps s'organise pour la réaliser.
La volonté, l'attention et l'intelligence ne disparaissent pas. Elles participent autrement.
Et il arrive que ces découvertes nous étonnent profondément : elles ouvrent parfois sur des paysages intérieurs inconnus, où nos sensations, nos perceptions, et jusqu'à notre manière d'être présent prennent une qualité nouvelle.
Peut-être que la véritable difficulté n'est pas de faire coopérer nos différentes compétences, mais de cesser d'entraver une coopération qui existe déjà.
Il ne s'agit pas de ne plus rien faire.
Il s'agit aussi de découvrir ce qui se fait sans nous.
Et pour commencer cette exploration, il suffit parfois de regarder ce qui est déjà là.